mercredi 6 décembre 2017

Aériastory et la Mémoire de l'aviation

Crédit photo Pixel Noble - atelier photos Toussus-le-Noble
Les aéroports sont devenus des ensembles complexes, dans lesquels interviennent l’Etat, les collectivités locales, les chambres de commerce, des compagnies aériennes, des aéroclubs, des services de maintenance, des services de sécurité… 
Entités tournées vers l’activité opérationnelle, le présent, et dont aucune n’a pour vocation de s’intéresser à la transmission de la mémoire, vecteur d'informations aux professionnels ou au grand public afin de garder une Mémoire et y attirer une nouvelle génération sur un secteur générateur d'emplois où la France excelle.

Notre dernière rencontre avec Ariane Gilotte au siège de la "Mémoire de l'Aviation" dans les bureaux de la DGAC est un retour aux sources vers un organisme développé sous la houlette de M. Pierre Lauroua, qui fut l'un de nos mentors lors de l'organisation du Centenaire de l’aérodrome Farman en 2007.
C'est dans ce sens qu'avec ce service de la DGAC nous travaillerons afin qu'au travers d'une communication moderne destinée aux initiés et au grand public, la Mémoire demeure, se développe et soit transmise.

(L'avenir est une porte, le passé en est la clé - Victor Hugo)

Aviation et Territoire
(Par Pierre Lauroua

Mission mémoire de l’aviation civile - Programme 100 ans d’aviation à Toussus-le-Noble 2007)
L’histoire de l’aviation est par nature une histoire de l’envol, une histoire de l’air.
Le sol est l’élément dont l’on veut se dégager et celui que l’on redoute lorsqu’il s’agit de s’y poser. 
Pourquoi s’étonner dès lors que l’esprit soit avant tout fasciné par la durée du vol, la distance, le franchissement de l’eau ou du continent, et beaucoup moins par les aéroports ? Pourquoi s’étonner que les historiens et les musées s’intéressent surtout aux avions et aux pilotes, beaucoup moins aux terrains d’aviation ?

Il y a quelques années, le projet L’Europe de l’Air est venu combler en partie cette lacune et redonner leurs lettres de noblesse aux magnifiques aéroports des années trente que furent Liverpool-Speke, Berlin-Tempelhof et Paris-Le Bourget.

Plus récemment, en 2005, la direction générale de l’aviation civile a édité sous forme de cédérom, à partir des travaux de Jean Sauter, spécialiste des bases aériennes, un Atlas des terrains d’aviation de France métropolitaine. On y apprend que près de 500 terrains d’aviation furent créés au cours de la première moitié du XXe siècle. Beaucoup d’entre eux n’eurent qu’une existence éphémère et 200 de ces plates-formes ont aujourd’hui disparu. Il était d’autant plus important de retracer leur histoire et de marquer virtuellement sur la carte leur présence évanouie.

Parmi les terrains créés au début du siècle dernier qui ont résisté au temps, Toussus-le-Noble est le premier à fêter son centenaire.
Aujourd’hui, où les cérémonies sont organisées, l’initiative paraît aller de soi : pourtant, rien n’était moins évident.

Les aéroports sont devenus des ensembles complexes, dans lesquels interviennent l’Etat, les collectivités locales, les chambres de commerce, des compagnies aériennes, des aéroclubs, des services de maintenance, des services de sécurité… Entités tournées vers l’activité opérationnelle, le présent, et dont aucune n’a pour vocation de s’intéresser à la mémoire, au passé.
Le comité pour le centenaire a donc joué ici un rôle fondamental, sans lequel rien n’aurait été possible. Il a conçu le projet, il a lancé la démarche ; il a su ensuite convaincre, mobiliser les énergies et parfois vaincre les résistances.

L’opération a retenu l’attention du ministre chargé des transports et la direction générale de l’aviation civile a apporté un soutien largement mérité. La célébration du centenaire de l’aéroport est importante à double titre.

Elle contribue à la mémoire locale et, de façon plus générale, à la mémoire de l’aviation, car les événements qui s’y déroulèrent au début du siècle dernier étaient au coeur même de l’aventure. En outre, lorsqu’il retrouve sa mémoire, avant d’évoquer les hommes et les machines, Toussus-le-Noble nous parle de territoire, écrivant ainsi une page de l’histoire méconnue des terrains d’aviation.

Pierre Lauroua
Mission mémoire de l’aviation civile - Programme 100 ans d’aviation à Toussus-le-Noble 2007

mardi 21 novembre 2017

Ils ont quitté Toussus-le-Noble, il y a 70 ans



Bientôt sur l'aérodrome de Toussus-le-Noble un événement en cours de préparation, L'histoire d'une amitié aéronautique franco-russe depuis 1916 à aujourd'hui, en passant par un sujet haut en couleurs, celui du Groupe de Chasse Normandie-Niémen, une des escadrilles les plus titrées de l'armée de l'Air française.
Nous remercions particulièrement toutes les personnes qui ont bien voulu nous confier leurs albums de famille afin de nous permettre de monter des expositions et des vidéos d'époque peu connues.

mercredi 25 octobre 2017

Rayak, lieu et nœud stratégique au Levant

Vue de Rayak du Mont Liban et face à l'Anti-Liban
Qui pourrait mieux parler de la commune de Rayak que son maire Jean Macaron, lors de son allocution du 11 Novembre devant les anciens combattants de l’armée française résidant au Liban et son président à l’époque, M Marcel Laugel. (Lire article précédent)

« En quelques lignes, je voudrais dresser un rapide panorama du rôle  important que Rayak a joué, notamment dans les deux conflits mondiaux du siècle dernier.
La présence et l’influence française au Liban et en particulier à Rayak, remontent à fort longtemps. En effet, dès 1891, alors que le Liban est encore sous la domination ottomane, est entrepris le lancement de la voie ferrée à Rayak, emplacement choisi pour sa localisation stratégique au cœur du plateau de la Bekaa.
A travers ce grand projet, la population de Rayak, qui n’est encore qu’un petit bourg, commence à côtoyer pour la première fois les ingénieurs français, leur savoir-faire, la culture et la langue française, ce qui laisse une marque durable dans l’esprit des habitants du village, même si ces contacts sont encore éphémères.
Pendant la Première Guerre mondiale, un aéroport militaire : le deuxième aéroport à voir le jour au Liban, est construit par les troupes allemandes, qui concurrencent alors la Triple Entente dans la région du Levant.
A la suite de la Première Guerre mondiale et de la victoire de l’Entente, les Accords Sykes-Picot partagent le Levant entre la France et la Grande-Bretagne. Le Mandat français sur le Liban prend alors officiellement effet en 1920.

Avec la présence française, Rayak reprend peu à peu son rôle et retrouve de son éclat. Elle devient le carrefour de la Bekaa et l’une des villes les plus importantes sur la route de Damas, notamment pour le transfert de marchandises.

Des dizaines de familles françaises, exerçant des responsabilités au sein de la gare ou de l’aéroport s’établissent alors à Rayak. La ville se développe alors grandement, et accueille ces nouveaux arrivants qu’elle intègre en son sein. On voit naître des restaurants, des lieux d’échange, où les contremaîtres français côtoient les populations locales, qui elles aussi sont employées à la Gare ou à l’aéroport, et dans tout un ensemble de tâches qui découlent de ces infrastructures.
On voit ainsi naître à Rayak l’une des plus grandes bases aériennes françaises de la région, avec une caserne militaire, bâtie à l’entrée de la ville et toujours visible aujourd’hui. On voit aussi se constituer un véritable quartier français construit pour accueillir ces populations.
Dans cette première partie du Mandat, les nombreuses missions catholiques participent également à la fondation de multiples écoles, qui rivalisent d’excellence. Bien souvent ce sont les épouses des militaires et des ingénieurs français qui enseignent dans ces écoles. Ainsi, on va jusqu’à compter 8 écoles francophones établies dans la ville, dans lesquelles se côtoient les enfants des diverses communautés.

C’est donc l’époque où les échanges entre les populations françaises et les habitants de Rayak ne cessent de se développer. On y parle de plus en plus le français, et les habitants de Rayak s’engouent pour cette langue et pour cette culture. La présence française s’ancre ainsi aussi bien dans l’espace que dans les esprits.

On voit même de nombreux mariages entre populations françaises et libanaises, qui témoignent de l’absence de barrières. Tout un ensemble de coutumes voient alors le jour : Rayak devient la ville du vélo, on y joue à la belote, on y prépare de la charcuterie française, ainsi que tout un ensemble d’autres plats tout droit venus de France. Tout ceci démontre à quel point la présence française à Rayak n’est pas vécue comme provisoire, mais s’inscrit dans le temps et dans la volonté de subsister.
Certains évènements en particulier, marquent l’Histoire de Rayak, on pense par exemple au 7 août 1933, lorsque les deux aviateurs français : Maurice Rossi et Paul Codos battent le record du monde de distance en ligne droite. Ils se posent à Rayak après avoir parcouru, en 55 heures, 9 104 km sans escale depuis New York.

Rayak, du fait de ses infrastructures et de son emplacement joue à nouveau un rôle important, cette fois-ci durant la Seconde Guerre mondiale. Lors de la Campagne de Syrie en juillet 1941, les Britanniques bombardent la base française et les dépôts de Rayak, tenus alors par le Régime de Vichy.

Mais Rayak participe également à l’émergence du mouvement de Résistance (par exemple avec la création d’un groupe aérien de chasse de la France libre : Groupe Alsace le 15 septembre 1941). La population de Rayak s’y implique directement, et certains habitants de Rayak tombent au combat comme martyrs de la Résistance française, jusqu’à ce que cette dernière prenne  finalement le contrôle de la base militaire.

En septembre 1942, le Général de Gaulle rend visite à la base aérienne de Rayak (naissance du Groupe de Chasse Normandie). La gare et ses ateliers sont aussi largement mis à contribution dans l’effort de guerre français. Sous les ordres du lieutenant colonel Jean Morlaix, le savoir-faire combiné des ingénieurs : André Conche et Georges Khairallah, originaire de Rayak, accompagnés d’une équipe de 30 techniciens sélectionnés dans la région, permet  alors la création d’un avion de combat qui porte le nom de Rayak 43, et qui demeure le premier et le seul avion entièrement construit au Liban.

L’indépendance du Liban est déclarée le 22 novembre 1943. Le rôle de la France  à Rayak entre alors dans une nouvelle phase. Si certaines populations choisissent de rentrer en France, nombreuses sont celles qui, très attachées à la ville, préfèrent rester à Rayak.
Mais, on entre progressivement dans un mouvement de déclin, notamment à partir des années 50-60, sous l’effet de multiples facteurs. Rayak perd peu à peu son statut de nœud du réseau ferré libanais. La présence française s’estompe alors elle aussi peu à peu, en même temps que la ville perd son statut de poumon économique de la région.

Aujourd’hui Rayak est une ville paisible, au cœur du plateau de la Bekaa. On y respire l’air des villes pleines d’histoire. L’influence française est présente dans les bâtisses, dans les infrastructures, et surtout dans le souvenir des  populations.
A l’heure de la mondialisation et du tout anglais, la culture française reste bien représentée à Rayak, avec ces 8 écoles réputées, mais aussi à travers l’Université Antonine, qui continuent à faire de notre ville un fer de lance de la francophonie.

Notre projet, avec toute l’équipe municipale et l’ensemble des bonnes volontés, est simple. Il s’agit de tenter de faire renaître tant que possible cet âge d’or de Rayak, dans lequel notre ville était un symbole de l’ouverture culturelle et du dynamisme économique.

Du fait de ses liens uniques avec Rayak, nous souhaiterions que l’ambassade de France au Liban maintienne et renforce son intérêt et son attention à notre égard, dans tous les domaines, pour que la mémoire de ces liens historiques se perpétue aussi dans l’avenir. »

jeudi 19 octobre 2017

Sur le chemin de Rayak, une présence de la France omniprésente au pays du Cèdre

les trois arcades - la maison jaune
Lors de ce périple au Liban à la recherche d’informations sur la genèse du Régiment de Chasse Normandie Niémen dont est célébré cette année 75 ans d’existence, faire un aparté afin de remettre en relief la présence de la France dans ce pays et dont les échanges sont constants et solides, semble nécessaire.

Passage obligé à Beyrouth par la route de Damas qui fut durant toute la guerre civile du Liban  de 1975 à 1990, une ligne de démarcation entre l’Est et l’Ouest de la capitale la visite à  « Beit Beirut » dite « la maison jaune », nouvellement restaurée et inaugurée ; point de passage,  carrefour obligé des voies communications dans la capitale, devenait un must.

La maison jaune, en 1975 quand la guerre civile éclate au Liban, était devenue le point noir et la hantise de ceux qui se mettaient dans sa ligne de mire. Située le long de la ligne de démarcation, elle fût abandonné pas ses habitants, les francs-tireurs s’en emparèrent et devint leur nid. 

Ce bâtiment construit en 1924, lors du mandat français est d’une admirable architecture dans un mélange de styles ottoman, local et occidental, bâti en grès traditionnel de couleur ocre à l’origine du nom de l’édifice « la maison jaune »

Beit Beirut  ou "la maison jaune"
Sodeco / Beyrouth
Aujourd’hui, la municipalité de Beyrouth propriétaire des lieux a décidé avec ses partenaires, la Ville de Paris, le Ministère français des affaires étrangères et l’ambassade de France au Liban, de réhabiliter l’endroit et sauver ce patrimoine architectural afin de procurer un lieu de mémoire et une plateforme pour la recherche urbaine et le dialogue culturel. Un lieu de la mémoire, bien pensé, où l'on ne ressort pas indifférent

Un regard sur ce lieu sous un éclairage nouveau comme le fut l'aéroport et la gare ferroviaire de Rayak, carrefour stratégique depuis 1895, qui allait se dévoiler, une fois les autorisations de visite acquises.







vendredi 29 septembre 2017

Rencontre avec M. Marcel Laugel, un militaire, un ambassadeur, une humilité, une modestie...

Marcel Laugel
FACS - Liban
Depuis notre arrivée au Liban et notre approche à l'Amicale des anciens combattants de l'armée française résidant au Liban (FACS-Section Liban) et l'Union des Français d l'Etranger, (UFE section Liban) nous ne pouvons pas passer à côté de notre rencontre avec un inlassable défenseur des droits de ses compatriotes.
M Marcel Laugel a été à l'écoute de notre projet de commémoration du Normandie Niémen et n’a pas hésité à donner de son temps pour  nous permettre de mener à bien les recherches entamées sur la présence du Normandie au Liban.
Un parcours obligé dans les labyrinthes des autorisations administratives obligatoires, multiples et complexes vu le contexte politique et sécuritaire local.

Quelques mots à son sujet :
Militaire, de son long passage à Kenadsa puis à Tindouf où il servira dans une unité méhariste, il gardera toujours la nostalgie de cette « civilisation du désert » où il apprendra les bases d’une diplomatie pratique et réaliste.  
Engagé dans l’armée française au 6ème escadron de Spahis à Alger, capitaine à 28 ans, il quitte l’armée à 30 ans pour intégrer le ministère des Affaires étrangères comme diplomate dans différents pays arabes.
Il occupera pendant 10 années le poste d’ambassadeur de France au Koweït, au Soudan puis au Yémen.  
Marcel Laugel a fait sien de ce proverbe arabe « la connaissance des hommes est un trésor » au cours de sa longue carrière au service de l’Administration française.
Amoureux de ces pays qu’il a parcourus à cheval, à dos de chameau, sur les routes et dans les airs, il a consacré toute sa vie à étudier et à approfondir ses connaissances des différents milieux arabes sous toutes les latitudes, dans une langue qu’il maîtrise parfaitement et où il a réussi à se faire comprendre, avec humilité et modestie.

Il  ne ménage pas ses efforts  quand il s’agit de défendre les droits des Français. Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger, il est vice président de l’Union des Français de l’étranger, représentation du Liban,  vice président de l’amicale des anciens combattants de l’armée française résidant au Liban, vice président de l’association des membres de l’Ordre national du Mérite, section du Liban.
Il se manifeste partout où on lui demande pour apporter à ses concitoyens toute l’aide, l’attention et le soutien qu’ils souhaitent obtenir.
Nous avons pu apprécier sa disponibilité et ses attentions lors de notre visite commune à Rayak pour remonter le temps de la présence française, toujours  bien vivante  et entretenue au pays du cèdre.. 

Evidemment, dans le programme de visites conçu, nous y avons ajouté une étape où la France excelle sur un outil culturel d'influence ;  Celle de la visite du Domaine de Ksara, passage obligé sur la route de Rayak.
C'est un terroir de plantation de vignes des Jésuites, venus s'y établir en 1857.
Leurs caves sont en fait des galeries romaines de plus de 2kms découvertes fortuitement par un père jésuite poursuivant  un renard. La visite est impressionnante.
Et de rappeler que le vin est une tradition phénicienne vieille de plus de cinq mille ans.  Les Romains choisirent Baalbeck dans la plaine de la Bekaa pour ériger le temple de Bacchus, en hommage au dieu du vin.
Rayak est distante de Baalbeck de 28kms.
Les caves abritent aujourd'hui plusieurs dizaines de milliers de bouteilles d'un vin prestigieux dont les plus vieilles remontent à 1918.

Moment de pause et visite des caves de Ksara / Bekaa -Liban
Marcel Laugel et Gérard Finan  - 2017
Pour Aériastory et son travail, Marcel Laugel est prêt à nous ouvrir les portes de l’Union Française de l’Etranger (UFE)  ainsi que l’amicale des anciens combattants Français résidants au Liban (FACS-Liban) afin de mener à bien notre recherche sur cette présence de la France au Liban dans la préparation de la commémoration  du Normandie Niémen à Toussus et la genèse de ce régiment à Rayak.

Un parcours qui nous rappelle que  le commandant de Gaulle séjourna  au Liban de 1929 à 1931 et  son retour en 1942 aux Forces de la France Libre qui ont répondu à son appel.

Un grand merci à Marcel Laugel pour cette journée riche en échanges et mesurer  du potentiel que nous pourrions développer ensemble sur d'autres sujets du rayonnement de la France, de son Histoire et de sa culture.

mercredi 27 septembre 2017

Rayak et son positionnement historique

Rayak et la genèse du Normandie, nous démontre la complexité historique du lieu tout au long du siècle dernier pour nous faire remonter aux accords de Sykes-Picot et comprendre les nombreux protagonistes en présence

Les accords secrets Sykes-Picot ont été signés le 16 mai 1916, après négociations durant la période novembre 1915 et mars 1916, entre la France et le Royaume-Uni (avec l'aval de l'Empire russe et du royaume d'Italie), prévoyant le partage du Proche-Orient à la fin de la guerre en plusieurs zones d'influence au profit de ces puissances. Ce qui revenait à dépecer l'Empire ottoman en fin de vie.
Ces accords secrets n'ont été révélés au grand public que le 23 novembre 1917 dans un article des Izvestia et de la Pravda et le 26 novembre 1917 puis repris dans un article du Manchester Guardian.

Le but était de relier Beyrouth à Damas, faisant de Beyrouth l'accès de la Syrie à la mer et contrecarrer ainsi le projet britannique de relier Damas à Jaffa.

Le Proche-Orient est alors découpé, malgré les promesses d'indépendance faites aux Arabes, en cinq zones :

1. zone bleue française, d'administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;
2. zone arabe A, d'influence française comportant le Nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;
3. zone rouge britannique, d'administration directe formée du Koweït actuel et de la Mésopotamie (actuel Irak sans la région de Mossoul) ;
4. zone arabe B, d'influence britannique, comprenant le Sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;
5. zone brune, d'administration internationale comprenant Saint-Jean-d'Acre, Haïfa et Jérusalem. La Grande-Bretagne obtiendra le contrôle des ports d'Haifa et d'Acre.

Rayak, dans la plaine de la Bekaa, se trouve dans la zone bleue française à 62 km de Beyrouth.
De par sa position, la ville comporte de nombreux équipements publics : un aéroport militaire, une caserne, une gare de chemin de fer sur l'ancienne ligne Beyrouth-Damas construit par une société française en 1895.

La ligne d’une longueur totale 117 km, dont 92 km au Liban a été construite par la Société des Chemins de fer Ottomans économiques de Beyrouth-Damas-Hauran. Le même consortium  qui construisit le chemin de fer Damas-Hama et prolongements qui vont jusqu'à Alep où il se raccorde au chemin de fer Berlin-Bagdad construit par un groupe à dominante allemande.

Les gares et les maisons des gardes-barrières sont des copies d'ouvrages français, les rails et le matériel de voie sont belges, les locomotives à vapeur sont suisses. La voie franchit la chaîne du Mont-Liban et culmine à 1 400 mètres. Les locomotives à crémaillère sont nécessaires.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'aéroport militaire fut construit par les troupes allemandes. En 1918, l'armée britannique bombarda la gare et la détruit.
 À l'issue de la Première Guerre mondiale, le Liban ainsi que la Syrie voisine avaient été placés sous « mandat » français par la Société des Nations (SDN).
Suite à l'invasion de la France par la Wehrmacht en 1940, les deux territoires passent sous l'autorité du régime de Vichy et accueillent des détachements de la Wehrmacht destinés à attaquer les possessions anglaises voisines.

Les Britanniques ripostent. Ils bombardent la base française et les dépôts de Rayak tenus par les troupes du Régime de Vichy.  En conséquence, dès juin-juillet 1941, une armée britannique complétée par des détachements de la France Libre occupe la Syrie et le Liban.

Le premier groupe aérien de chasse de la France libre (Groupe de chasse Alsace) y est créé le 15 septembre 1941. Sur une initiative du général VALIN, le Groupe de Chasse n°3 “Normandie” est créé à Rayak, le 1er septembre 1942.